Doutes inter-minables

Marrant qu’avec 89 députés RN, ce soit toujours du gouvernement dont on entend parler… pour éviter les points Godwin, parlons d’un sujet du futur, un sujet neutre : l’intelligence artificielle.

Sur Discord, je comparais la technologie de l’IA avec celle du smartphone : à l’origine curiosité technologique entre un iPod et un téléphone, 77% des français en ont au moins un. Comme le reste, l’invention technique suit le processus décrit par Idriss Aberbane : ridicule, dangereux, évident. Que l’IA puisse devenir notre équivalent des droïdes dans Star Wars ? Ridicule. Attends, si c’est une IA qui me fait passer mon entretien pour savoir si je serais beaucoup plus productif qu’elle, est-ce que je ne vais pas finir chômeur longue durée ? Dangereux. Est-ce qu’une technologie coûteuse n’est pas pré-destinée à être dans les mains de ce qui ont le pouvoir, ou des bourgeois qui gravitent autour ? Évident.

Dans les groupes Discord que je fréquente, sur ma page LinkedIn, les experts en informatique se gaussent des marketeux qui collent l’étiquette IA pour vendre, alors que ce sont juste des algorithmes couplés a de gigantesques bases de données. Classés CSP+, ils s’émerveillent des capacités qu’on leur met entre les mains pour aller plus vite, pour impressionner davantage avec la technologie. Publier la traduction d’ un texte en quelques minutes, générer des ouvrages en quelques heures, donner un traitement à un patient à distance… Pour eux, faux bisounours, l’ère de l’IA va nous faire basculer dans un nouveau cran vers le progrès, c’est certain, au risque d’en mettre beaucoup sur la paille, jugés moins efficaces que leur contrepartie programmatique. Ils estiment que c’est bien ainsi, que ça tire tout le monde vers le haut. Ils s’en fichent bien de la justice sociale.

Pendant que la rue prend feu contre la réforme des retraites, c’est la classe moyenne qui s’apprête à prendre du plomb dans l’aile. Ceux qui avaient des boulots intellectuels non pénibles, mais avec des tâches pas trop complexes. Cette partie de la population active va apprendre le goût du fouet, avec des mantras tels que productivité, adaptabilité, efficacité. Seuls ceux qui se formeront aux compétences enrichies par l’IA verront leur poste garder, leur salaire suivre le cours de l’inflation. Pour les autres, bienvenue dans la galère, les cocos ! Regardez bien Hanouna discuter sur le prix du beurre, car votre confort actuel va vite voler en éclat.

Tout ca parce que la philosophie (l’amour de la sagesse) a été jetée aux ordures. Comme disait Jacques Ellul, la technologie n’est pas neutre. C’est un outil financé par les puissants pour régaler les bourgeois et faire rêver le Tiers Etat. Traditionnellement, ces maîtres du monde sont plus ou moins égocentrés et mégalomaniaques. Quand ces gens là commencent à vous mettre cet outil entre les mains, comme ils l’ont fait avec l’ordinateur personnel ou le smartphone, c’est qu’ils ont une visée. Economique, certainement. Politique, possiblement. Humanitaire, aucunement.

Alors pendant que le chômage et l’inflation vont exploser avec l’IA, des petits robots en bourse vont faire fructifier les intérêts de ceux qui croient aux progrès et aux nouvelles technologies. Le bien de la planète se retrouve dans les mains de quelques groupes radicaux qui sont les seuls à se battre contre ce rouleau compresseur. Les autres visent leur propre survie, l’évasion dans le divertissement ou les écrans, ou la complaisance de ceux qui en croquent. Les geeks qui nous amènent l’innovation ont oublié que la sf n’était pas une feuille de route, et le cyberpunk une modélisation du futur.

On peut encore dire stop. Pas forcément en descendant dans la rue pour cramer des poubelles. Juste ouvrir les yeux, et refuser tout ce qui va contre la défense des plus faibles (artour ? Cuilleeerrr !!).

On redoutait le bruit des bottes, mais il y a peut-être d’autres moyens de nous exterminer que les camps, à petit feu…


©2021-2023 François-Xavier Guillois droits textes réservés. Droit des illustrations réservé par leur auteurice respective.

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Après trois décennies à lire des systèmes de jeu de rôle, j’ai forcément mes habitudes, mes préférences. Au travers des modes qui ont secoué ce petit monde amateur de game design, tout le monde ne goûte pas à la variété. Ainsi, même sur Rolis, qui propose un export gratuit pour une vingtaine de systèmes de jeu, D&D arrive encore et toujours en tête des classements.

D&D m’a vacciné contre le d20. Notamment une séance “one-shot”, où je m’étais dit, sortons de ma zone de confort, jouons un méchant, avec un alignement mauvais, la classe bien badass de l’écurie : un anti-paladin. Sauf que dès que je faisais un roleplaying un peu sympa, je trébuchais ensuite au lancer de dé, qui me demandais peu ou prou un 20 naturel pour réussir la plupart des actions de mon bad boy. Autant dire que j’ai vite assimilé que devenir méchant, c’était une carrière longue et douloureuse.

Bien après que mon désamour pour le système de jeu le plus joué de la planète soit ancré dans ma caboche, un de mes amis qui nous vantait les mérites du cycle de fantasy “Wheel of Time” nous a proposé de jouer la campagne Prophecies of the Dragon au d20. Ce MJ, qui m’avait maîtrisé plusieurs années sous les traits de Fiona, princesse d’Ambre, m’inspirait des rôles de magiciennes, car j’aimais la manière dont il distillait les secrets dans ses campagnes. Je campai donc le rôle d’une Aes Sedaï. J’avais cette fois bien intégré que je n’étais que niveau 1 (ou un peu plus, mais ca ne faisait guère de changement), et pourtant, j’avais le ventre noué à chaque fois que je devais tenter une action. Et pourtant, l’édition D&D3.5 ouvrait les capacités des personnages à beaucoup plus de variété.

J’ignorais donc ce polyèdre à 20 faces le plus souvent possible, et mes lectures pour essayer de m’y mettre (Lanfeust, dK, CO et ainsi de suite) ne me consolaient pas de sa probabilité trop variable. Jusqu’au jour où une connaissance me parla d’un système générique avec lequel elle motorisait toutes ses parties : le Cypher System. J’ignorais en l’écoutant qu’elle me parlait de Monte Cook, le maître ès d20, mais à ma grande surprise, je n’ai pas fui en lisant le Cypher System, je l’ai trouvé tellement élégant, et de bonne utilisation des probabilités de ce type de dé, que j’ai moi-même commencé à motoriser mes parties avec.

Depuis j’ai continué à m’intéresser à d’autres jeux, à lire d’autres systèmes, et si le game design de Monte Cook m’apparaît toujours élégant, je lui trouve certains défauts tout simplement parce que chaque maître de jeu est différent, et qu’avec l’expérience, on a envie de refaire tout à sa façon. Le terme consacré est “règle homebrew” (règle maison), même si à force de travail cela débouche parfois sur un nouveau jeu complètement nouveau, publié de manière amateur ou chez un professionnel. Si j’aime bien tout mettre à ma sauce, et trouver des solutions mécaniques pour simuler la fiction, je n’aime pas apprendre des règles, et je n’aime pas les faire appliquer. 10 ans de maîtrise d’Ambre (un système sans dés et avec des règles très fines) m’ont marqué au fer rouge. J’ai bien tenté de renouer avec des systèmes avec beaucoup de lancer de dés (Savage Worlds), mais la dictature du hasard, qui fait frissonner certains joueurs avides de rebondissements, me rend malheureux. C’est également le cas sur les jeux de plateau, sans un minimum de contrôle sur l’action, je m’ennuie vite, et je me contrarie tout autant si un événement trouble-fête renverse le cours de la partie.

Je me suis un moment plongé dans les jeux propulsés par l’Apocalypse, avec la promesse de ne lancer les dés qu’au service de l’histoire, mais j’y ai trouvé d’autres carcans. J’ai écumé tous les systèmes ouverts proposés sur rolis, et je ne trouve rien où je puisse me dire, là, ca me convient out of the box. Quand j’ai commencé à faire du jeu de rôles, comme tous les jeunes, j’ai écrit mes propres systèmes, et là, sans doute parce que je suis sur Youtube et Twitch des personnes inspirantes qui écrivent des jolies choses, j’ai envie de me remettre dans un processus créatif. Sauf qu’à mon sens, la plupart des systèmes de jeu ne font que piller ce qu’ont fait leur précédesseur, sans le revendiquer : on change un dé, on invente deux ou trois règles périphériques, et hop un nouveau-né est sur le marché. Pour quelques jeux comme Ambre, Wushu, et d’autres qui ont vraiment changé radicalement la proposition de jeu, les autres ne font que décliner la formule carac + compétence + dés vs un niveau de difficulté. La mode des hacks (notamment les hacks d’Apocalypse World) a enfin révélé la filiation créatrice dans le domaine du jdr, là où les autres se contentent discrètement de créer un SRD ouvert, que tout le monde peut reprendre (mais qui hérite lui-même de beaucoup d’ancêtres). Ma conclusion face à ce constat, c’est que je suis incapable de me revendiquer créateur si je ne me sens pas vraiment apporteur d’une originalité qui dépasse le recyclage inconscient de mes lectures. Et comme je joue peu aujourd’hui, je ne peux pas non plus espérer avoir la révélation grâce à mes joueurs.

Je resterai donc sur la règle maison, la bidouille, le document sous le manteau. Mais comme le rôliste aime à partager ses créations, je vais vous les survendre pour vous convaincre qu’elles peuvent vous convenir. Chaque Maître de Jeu qui a traîné sa bosse est infecté par le mal de la publication, il veut que la communauté toute entière reconnaître ses histoires et ses créations démiurges. Le financement participatif lui permet d’ailleurs de plus en plus de le faire, pour peu qu’il ait un boulot rénumérateur. Moi je n’irais pas au-delà du PDF, rassurez-vous. Et comme je vais abondamment puiser dans les systèmes que j’aime, mon hack n’aura jamais rien d’officiel. Mais j’aurais le plaisir d’avoir pour quelques mois, quelques années, un système de jeu qui me va comme un gant.

Et qui collera aussi avec les scénarii que je proposerai.

Désolé pour ceux qui ne l’aimeront pas.


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En ce moment, je passe beaucoup de temps sur Discord. Il faut dire que cet outil s’est beaucoup démocratisé, remplaçant les forums par quelque chose de plus immédiat (quelle horreur, encore des notifications et des injonctions de répondre…). De mon squat sur le discord de Damien Coltice, j’ai découvert Ultima Verba, le twitch d’Olivier LaRue, qui a vanté le travail d’Aymeric sur Rolis.

Et là, petite révélation, le projet éditorial que je projetais de faire, il était là, sous mes yeux. des scénarios jouables et exportables pour n’importe quel système. Quelle classe ! En plus en Creative Commons… Utilisable tout le temps, par tous, et gratuitement. Moi qui aspire à l’efficacité énergétique et au frugalisme, je ne peux que louer le travail de l’association Rolis, qui va jusqu’à payer ses auteurs pour faire grossir le nombre de scénarios proposés.

J’ai peu de jeux de rôle sur mes étagères, j’essaie de garder uniquement ce que j’utilise, et éliminer les vieilleries qu’on ouvre par nostalgie. Mais avec la trentaine de systèmes proposés sur Rolis, complètement libres de téléchargement, je me dis que je pourrais revendre la totalité de ce que j’ai, et continuer à jouer pendant des années. N’ai-je pas déjà tant ralé que la promesse initiale du jeu de rôle comme loisir le plus économique du monde était devenu fallacieux ? Nous y sommes ! Des scénarios print-and-play pour n’importe quel système de jeu [lui-même print-and-play], que demander de plus ?

Quelques bémols me viennent rapidement en tête, ramené par un ego implacablement présent.

  • Le système de mes rêves. J’ai parcouru les systèmes de jeu proposés, mais aucun ne me paraît plus satisfaisant que ceux qui attendent sagement dans ma bibliothèque. Heureusement, ils ont tous vocation à devenir des licences ouvertes, et je n’ai donc qu’à travailler sur leur conversion pour Rolis, et ils seront rajouté dans la liste des jeux proposés pour les exports de scénarii.
  • Les beaux livres. L’argument massue de tous les amateurs de jeu de rôles qui refusent de faire un effort pour limiter leur consommation. Moi aussi j’aime les belles illustrations, les belles maquettes. J’aime feuilleter. J’aime m’inspirer en feuilletant. Evidemment, je peux imprimer les pdfs de Rolis, et les feuilleter, mais comme les images doivent être toutes sous licence Creative Commons, difficile d’envisager le même transport que dans une production orgiaque d’un financement participatif d’un éditeur de jeu actuel. Ces plaisirs fugaces, dont je me persuade qu’ils me nourrissent, nourrissent sans doute moins mon imaginaire que je ne veux me l’avouer. A la vérité, l’imaginaire est tellement nourri en 2023 qu’il est surtout lent et feignant, quand il était vivace aux débuts du jdr. Essayons-donc le minimalisme, et voyons les manques qui restent à combler.
  • L’édition. Ayant travaillé pour un éditeur, et en suivant le projet de Damien C. qui nous propose de tous nous booster dans nos poursuites de production, je m’étais motivé à essayer moi-même d’avoir ma petite proposition, avec le vain espoir d’une humilité salvatrice. Parce que c’est toujours cool de sortir un bouquin de son étagère et de dire à l’assistance, regardez, c’est moi qui l’aie fait. Parce qu’on peut imaginer avoir apporté du plaisir à d’autres lecteurs, et continué d’alimenter cette longue tradition écrite qui fait progresser le jeu depuis plusieurs décennies. Ego, saleté d’ego que tout ceci. Recevoir des dons Paypal de Maîtres de jeu enchantés par mes scénarios sur Rolis ne m’apporterait-il pas la même reconnaissance ? Est-ce que le fait d’avoir son nom sur un bouquin n’est pas juste un signe de pure vanité ? Suis-je seulement capable d’apporter des écrits suffisamment qualitatifs pour qu’ils vaillent l’impression et la conservation sur une étagère ?

Le projet d’avoir un beau logo Init Status, et une ligne éditoriale s’est brusquement effondré. Mes scénarios qui faisaient des liens avec des jeux de rôle existants ont fait sauter leurs chaînes pour s’affranchir de leur univers d’origine. Les univers que j’imaginais proposer se sont vus tronçonner en campagnes, et les campagnes en scénarios, les ambitions revues à la baisse sur la qualité, et à la hausse sur le souci du détail.

Restera les nouvelles que je projetais d’écrire pour étoffer mes histoires, mes univers. Que je les écrive, que je les publie déjà ici. Nous verrons si cela trouve un public.

Bienvenue dans un monde libre, où on peut jouer gratis. Ce monde-là me plaît plus que mes ambitions de plume célébrée.


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Bien des années après sa parution, j’ai enfin lu l’autobiographie de Diam’s, laquelle a flirté avec les hôpitaux psychiatriques et leurs représentants avant de trouver sa propre thérapie par la lecture du Saint Coran. Dans son livre, elle cite les passages théologiques qui l’ont marqué, et les effets qu’ils ont produit sur elle. Elle évoque donc sa rencontre avec un texte, qui la transforme à jamais, parce qu’il arrive au bon moment et qu’il cible les bons sujets. Et elle décrit très bien son envie de partager avec d’autres cette découverte, croyant avoir trouvé LA vérité, pour s’apercevoir que les autres n’ont pas le même ressenti, car pour eux ce n’est ni le bon sujet, ni le bon moment. Le Saint Coran devient alors SA vérité, et lui offre une paix qui lui permettra de quitter le milieu du showbiz et d’entreprendre à agir pour les autres dans l’ombre.

Diam's autobiographie

Très peu après cette lecture, il me sera donné d’avoir moi-même à nouveau ce sentiment de révélation devant la série du National Geographic en 6 épisodes, “Sans Limites”. Chris Hemsworth, l’acteur célèbre pour incarner Thor sur grand écran, nous raconte ses prises de conscience pour vivre mieux dans l’avenir, et faire la paix avec la vieillesse qui lui fait peur. Evidemment, quand on voit les prouesses physiques dont il est capable, il est parfois difficile de se projeter dans sa peau et aller au-delà de sa posture de showman. Pourtant, le programme va crescendo pour aller vers le mental, puis le rapport que nous avons à la vieillesse. Si l’ensemble du programme m’a captivé, le dernière épisode m’a fait l’effet d’une révélation. J’ai d’ailleurs pleuré plusieurs fois durant sa découverte. Un message qui touche, au bon moment.

Chris Hemsworth

Comme Diam’s, j’ai eu envie de dire à tout le monde de voir “Sans Limites”. Evidemment, pour les autres qui ne sont pas à un moment charnière de leur vie à sentir les effets de l’âge et à se poser des questions sur leur famille, cette série du National Geographic sera juste un documentaire de plus. Et vous de me répondre que, pour vous, le livre ou le film qui a changé votre vie était <compléter ici le nom manquant>.

Avec le marketing qui a durement changé les métiers de la production de contenus, j’aime à distinguer ce qui relève du simple divertissement et les créations artistiques, qui contiennent en eux le potentiel de nous apprendre quelque chose, de révéler quelque chose sur nous-même. Nos goûts nous amènent plus souvent qu’il ne faudrait à classer les oeuvres par qualité, et de sous-entendre parfois que les oeuvres de moindre qualité pourraient ne pas être éditées, sans que cela soit une perte pour l’Humanité. Je vais même souvent plus loin, à espérer une régulation de la production en fonction de l’intérêt qu’il peut avoir pour les communs, dans une vision plus écologique du monde où l’usage des ressources serait utilisé dans un souci collectif.

Et pourtant, le sentiment de révélation me met un revers sévère dans la figure. Puisque nous marchons sur des chemins différents, et qu’en conséquence le basique de l’un peut être le révélateur de l’autre, toutes les oeuvres qui vont au-delà du pur divertissement méritent d’exister, et pourront à un moment donné, tirer un lecteur, un spectateur, un auditeur vers une version améliorée de lui-même.

Au delà de la révélation elle-même, l’expérience me donne une leçon d’humilité dont j’avais besoin. Pour être plus tolérant, plus inclusif, plus compréhensif. En vous souhaitant donc à vous aussi de nombreuses exultations à découvrir et redécouvrir VOTRE vérité.


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En écoutant un podcast qui suit les projets des développeurs, je suis tombé sur Lucas, le maître d’oeuvre de poesie.io. J’ai tout de suite accroché à son profil, qui mélangeait deux de mes passions : la poésie et l’édition sur le web. Pour être honnête, après avoir manipulé beaucoup de bibliothèques de code pour générer des pdfs, et tester des flux de transformation avec LateX, je m’étais plus ou moins résigné à oublier l’idée de passer d’une ressource texte à un document mis en page prêt à imprimer. Et bam, voilà l’équipe de Poesie.io qui se tape le sale boulot, à savoir plonger dans les feuilles de style et le langage Javascript pour créer un prototype exploitable par un imprimeur.

Le coup de coeur ne s’est pas arrêté là, puisqu’en allant sur le site, j’ai trouvé la charte graphique adaptée à son objectif – publier des recueils de poésie – et l’ergonomie maligne. L’envie de tester le site en tant qu’auteur a très vite monté. Cela fait des années que je fais des copier coller de vieux textes qui sur des blogs, qui sur des documents personnels. C’était l’occasion de réaliser la version que j’envisageais à une époque, avec une illustration par poème, une explication de texte, et puis au passage de corriger les fautes. J’ai vite copié-coller mes archives, et le recueil a pris vie sous mes yeux.

A mesure que je copiais collais, je me rendais compte que je voulais dépoussiérer certains textes, et supprimer ceux qui étaient vraiment trop mauvais. A l’époque, l’ouvrage fantasmé avait trois parties, vie, amour et mort (j’étais adolescent…), je tenais à garder cette logique. Je me retrouvais sans comprendre pourquoi avec un excédent de textes dans “mort”, et en déficit sur les premières parties. L’ajout de nouveaux textes était inévitable, et la réécriture d’autres nécessaire. Mais comme mon envie était de pouvoir enfin matérialiser ces mots qui m’avaient collé à la tête pendant des décennies, je ne voulais pas non plus un reboot complet. Le chemin entre une conservation à l’identique et une défiguration trop massive n’a pas toujours été simple.

Pourtant, entre Noël et le jour de l’an, je me faisais la promesse de boucler ce livre : même si je n’avais pas pu le mettre au pied du sapin, le désir de le tenir entre mes mains me tenait enchaîné au site, modifiant, grattant dans un carnet de nouvelles versions, éditant, cliquant sur des boutons. Vint dans le même temps la nécessité d’illustrer le recueil. Comme je voulais avoir vite l’exemplaire final, pas question d’aller trouver un professionnel. Je parcourais les bibliothèques d’images libre de droit pour faire mon marché. Même si cela faisait beaucoup d’images, je souhaitais m’en tenir au projet d’origine, qui avait été d’avoir une illustration pour chaque poème. A vrai dire, la forme que j’avais imaginée maquettée pendant mes jeunes années différait sur de nombreux points des possibilités encore jeunes de poésie.io. Par exemple, l’idée de mettre un sous-titre pour chaque poème n’était pas réalisable, et placer un commentaire “director’s cut” aurait fait beaucoup trop lourd dans la présentation proposée. Même les images ont une manière de s’insérer dans la maquette proposée par le site, qui ne collait pas avec les pleines pages que j’avais envisagé au tout début. Mais je crois que le plus dur à accepter résidait dans les pages de séparation des parties : on ne pouvait choisir ni la police, ni la taille, ni le placement, et je les trouvais ratées, dérisoires, malhabiles.

Mais la fièvre de tenir enfin l’exemplaire en main me faisait oublier les concessions que j’avais faites en chemin. Après tout, si ca n’allait pas, personne ne m’empêchait de tout reprendre dans un logiciel de PAO, et de peaufiner la présentation maintenant que le texte était revu. Je me précipitais sur la phase de publication, rêvant d’appuyer sur le bouton “FEU”. Je ne me doutais pas que deux mois me sépareraient encore de mon bébé de papier. En effet, le process proposé par poesie.io passe par la validation d’un bon à tirer, un export du fichier où on peut vérifier que tout est ok. Seulement voilà, après un dialogue avec l’équipe, mon projet ne voulait pas s’exporter. Les développeurs ont fini par me dire que le poids de mon projet était trop important, et que ça cassait la moulinette. J’ai pensé alors que je n’aurais peut-être pas du mettre une image par poème. Toutefois, même si les images chargées étaient lourdes, c’était bien sur au site d’apprendre à les gérer. On me donna alors un lien direct pour voir enfin le pdf témoin. Et là, catastrophe : des carrés bizarres partout ! Les copier coller avaient créé des caractères invisibles dans la zone d’édition, mais bien visibles une fois le contenu injecté dans le produit final. Comme je ne pouvais pas voir en ligne la source des erreurs, je me basais sur le pdf pour dénicher les caractères frauduleux un-à-un. Le stress d’en oublier un était bien là, car le support mettait de plus en plus de temps à répondre, et je savais que je ne pouvais pas non plus leur demander un export manuel tous les matins. Heureusement, la seconde version du PDF de contrôle me confirma que tous les caractères malins avaient bien disparu. Alors je passais à l’étape suivante : la diffusion. Voilà que mon recueil pouvait être acheté par n’importe qui. Je n’en fis pas la promotion, d’une part parce que je n’ai plus de réseau social pour annoncer au monde mes créations, et d’autre part parce que je voulais tout de même m’assurer de la qualité du produit final en main avant d’en parler autour de moi.

Pour ce faire, je commandai un exemplaire pour moi. Là encore, plusieurs bugs m’empêchèrent de le faire, et j’eus même une erreur juste après le paiement. Le support me rassura, et me confirma que ma commande avait bien été passée. J’étais rassuré, et je me mis à attendre. Bêtement, car en vérité, je pense que la commande croupissait quelque part au mauvais endroit. C’est quand une fois de plus sur le chat de support que je commençais à m’énerver qu’on me dit que mon livre était enfin parti. L’attente était de plus en plus longue, un mois s’était écoulé, et après l’énergie que j’avais concentrée pour le boucler en 3-4 jours, l’amertume s’installait. Jusqu’à cette semaine, où on me dit qu’il arriverait jeudi ou vendredi, mais je n’y croyais plus vraiment. Normalement, les sites qui proposent du e-commerce ont des obligations ; permettre au client de voir où en est leur commande en est un. En tant que développeur, j’avais du mal à accepter que cette fonctionnalité ne soit pas présente.

Cet après-midi, pourtant, l’enveloppe était là. J’ai déchiré le haut assez vite, tout en me disant que l’enveloppe était trop plate pour contenir un livre. Et pourtant, il était bien là. Je le sais imparfait, et surement impropre à être mis sous d’autres yeux que les miens, mais l’ouvrir, le feuilleter… Le plaisir est monté crescendo. Toutes les peurs que j’avais sur les marges ou le style se sont envolées. Le papier épais glacé de la couverture fait un très agréable contraste avec les feuilles lourdes, texturées de l'intérieur. Seules les images en couleur ont une manière un peu particulière de rendre, typique d’une impression jet d’encre sur un papier qui boit. Mais ça passe. Bien sur, une part de moi regrette de n’avoir pas eu d’illustration faite spécialement pour chaque poème ; j’ai toutefois conscience qu’il serait pur caprice de le vouloir, et préfère projeter cette qualité dans des projets d’écriture nouveaux, contemporains.

Pour l’instant, ce recueil a toutes les caractéristiques de l’auto-édition : relu par personne, écrit pour moi et non pour des futurs lecteurs, avec une qualité inégale et des passages surannés que moi seul peut apprécier. Pour autant, il me représente, et en cela je ne le renie pas non plus. On publie aussi ce genre d’ouvrages dans l’espoir secret que nos proches s’en empareront, durant notre vie ou après notre mort, pour tenter de nous comprendre, de se remémorer qui nous étions. C’est aussi cela, ma prière d’outre-coeur.

Merci de m’avoir lu. Si vous voulez commenter ce billet, c’est par ici.


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Le soir, moment de relâchement, De rêverie, d'éclipse sur le temps. Une multitude d'envies sans but. Un coin de la tête toujours en rut.

La nuit, les nuages sont plus visibles. L'électricité, notre drogue, Nous offre sa panoplie de shots. La beauté digitale est transmissible.

Seul allongé sans rien faire, On se sent entouré de toutes parts, Sollicité par des idées éphémères.

Plaisir simple de se sentir vivant, De saisir dans le moment cette chance rare, Ne rien devoir et profiter du présent.

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Malheureusement, l’année 2021 n’a pas été pour moi, comme pour beaucoup d’autres frappés par les coups de semonce de la crise sanitaire, très ludique. Les tests qui étaient prévus ont été souvent retardés ou annulés. La relecture de Shanouillette, douce et bienveillante, est un éternel encouragement à continuer. Le syndrome de l’imposteur, pas sur la plume mais sur le temps consacré au jeu, ne cesse de me hanter. Allez sur Ludovox, le contenu est génial, l’équipe est géniale, vous ne trouverez pas mieux ailleurs sur les jeux de plateau. Pour ce qui est du jeu de rôles, ils sont toujours en recherche de spécialistes, alors n’hésitez pas à devenir rédacteur !

Voici la liste de mes dernières contributions, avec quelques commentaires sur l’évolution de mon point de vue depuis l’écriture des articles.

  • Conan : même s’il vient juste d’être publié, il a été écrit il y a un moment déjà. Les souscripteurs ont les pdfs depuis plusieurs mois. Je suis très content de cet article, mais il me montre mes limites dans le test de jeu quand on a une activité ludique raisonnée. Je m’oriente donc à éviter le service de presse et à plutôt parler de mes expériences choisies sur ce blog.
  • Loading : mon enthousiasme n’était pas feint, mais je dois reconnaître que je n’ai pas réussir à le ressortir. Même avec un groupe de 7, tout le monde n’apprécie pas forcément ce type de jeu, et si bon soit-il, il est peut-être dédié à ceux qui ne jurent que par les jeux apéro.
  • Aria : depuis, j’en ai rediscuté avec Shanouillette qui a débuté une partie dans cet univers, et Shaman aussi. Je suis tiraillé entre mon impression première, qui est également celles de beaucoup de rôlistes vétéran, et l’enthousiasme des gens qui ont suivi le podcast et qui ne voient que les qualités d’Aria. A réserver à celleux qui ont aimé le podcast, on va dire.
  • Dune : c’était plaisant de se replonger au bout de 30 ans dans une madeleine de Proust, avant que ca devienne la folie des jeux Dune. Je crois qu’aujourd’hui, j’ai juste envie que la vague passe, et mes compères actuels n’ont pas du tout envie d’aller visiter Arrakis pour l’heure. Ca n’enlève rien au jeu, mais pour que le test soit vraiment d’actualité, il faudrait le comparer aux nouvelles éditions post-film qui sont proposées aujourd’hui… Trop fatiguant.
  • Clash of decks : deux campagnes KS et une sortie sur BGA plus tard, le jeu fait son chemin et mérite toute votre attention. Sa présence sur boardgamearena a l’avantage précieux de pouvoir lever quelques mauvaises habitudes liées à une mauvaise interprétation des règles. Les parties s’y enchainent avec le même plaisir, la même envie de battre son adversaire, et comme ces derniers viennent du monde entier, aucune lassitude n’est déplorée. Foncez-y, je vous attends.
  • Quetzal : j’ai refait quelques parties depuis, je suis toujours convaincu de sa capacité à rassembler toute la famille. Les 7 étapes bien visibles du tour sur le plateau de jeu et les famille d’objets à rassembler parlent aux plus novices, la répartition entre les deux types de meeples et le combat pour la majorité titille les joueurs confirmés. Le fait qu’il soit jouable à 5 est également un atout. Néanmoins, la phase de préparation du matériel et d’explication font que parfois je le mets de côté.
  • Nova Aetas Renaissance : avec l’excuse des délais covid, l’éditeur du jeu LMS prend vraiment son temps pour livrer ses projets. Du coup, j’ai dit non à la nouvelle itération de Black Rose Wars sur Kickstarter, et j’ai revendu un à un tous mes jeux LMS (j’attends encore des deuxième vague pour les revendre…). Je ne sais pas trop ce que je ferais une fois NA:R chez moi, et si j’aurais encore envie d’y jouer. Mon envie de figurines est de moins en moins forte, car de plus en plus de jeux en proposent. J’espère que le narratif sera bon, et les combats bien équilibrés.
  • Fallout Shelter : le coup de coeur est toujours intact, je n’ai pas beaucoup rejoué depuis, mais l’envie est toujours là. L’ambiance des jeux vidéo transpire dans ce titre, mais n’empêche en rien des novices de s’amuser : qui n’a pas envie de construire son bunker idéal ? les monstres, s’ils sont présents, ne font pas peur, ils sont principalement des obstacles pour vous empêcher d’avancer. Même si son thème l’éloigne des jeux familiaux, sa fluidité permet de le mettre entre toutes les mains. Mon seul écueil : avec le temps, j’ai peur de ne plus maîtriser l’explication des règles, et du coup je ne le glisse pas dans ma pile de propositions pour la soirée.


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